Partir d’une idée et l’offrir. La solidarité humaine accroît la conscience. Dans un espace postmoderne où les individualités souffrant de solitude cherchent la lumière, il est possible de reconnaître, en nous, la part divine. Rien ne sert d’expliquer une situation que la postmodernité décrit jusqu’à ce que le lecteur soit saturé de tout ce qu’il n’est pas.

J’aime l’idée de parler. Français, anglais, russe, italien (notamment). J’aime le son que génèrent les langues. Opposer entre elles les langues, c’est détruire le langage. Le contexte aidant, il est toujours merveilleux de voir s’écarquiller les yeux de son interlocuteur lorsque l’on parle avec le cœur.

J’aime les langues. Pour moi, elles sont musicales avant tout. Quiconque me parle ne me fait pas danser si ce qu’il dit n’entraîne pas au mouvement. Et pourtant, les langues sont formidables lorsqu’elles ne sont pas instrumentalisées.

J’aime l’idée, l’intention, le sentiment, l’amour qui se dissimulent derrière le grain de la voix qui s’essaye à la langue. J’aime échanger avec celui qui se laisse bercer par le son de mes paroles tout en écoutant sa puissance consciente.

Malraux disait : « Le vingt-et-unième siècle sera spirituel. Ou il ne sera pas ». Je persiste à croire que notre monde se transforme profondément.

Le Québec comme nation adviendra. Peut-être pas sous la forme qu’on a imaginée au vingtième siècle. L’identité sera toujours une question qu’il faudra se poser. Au cœur d’une crise économique, culturelle, démographique, écologique, il sera toujours temps de se demander « Qui sommes-nous? Où allons-nous? Pourquoi agissons-nous? »

Il n’est pas utopique de croire que les peuples du vingt-et-unième siècle sauront se doter d’une direction nouvelle. À mon avis, l’intelligence humaine saura s’arrêter à temps et retrouver le sens de l’univers.

Ici, au Québec, je ne rencontre – personnellement – aucune difficulté avec quiconque lorsque j’affiche l’amour de ma langue, des langues. Ma pensée, je la travaille au quotidien. Je la préserve du bruit ambiant. Et elle me permet de devenir ce que j’ai envie d’être. Quelqu’un qui, en toute circonstance, peut écouter la langue de l’autre et lui répondre dans sa langue, sans que cela ne pose problème.

Au Québec, quand on aime la langue française comme instrument intellectuel, poétique, amoureux, interrogatif, on aime alors l’essence d’une pensée. Quand, au Québec, on accueille l’étranger et qu’on peut – par tous les moyens concevables – le guider vers ce qui constitue notre identité (notamment la langue), on sait qu’on le prépare à une transformation profonde. Quiconque vient au Québec (quiconque voyage véritablement) ne pourra jamais demeurer intact. Le voyage – l’exil – jamais ne sera une terre de conservation mais un lieu de dépassement. C’est en cela que le Québec, profondément meurtri par son histoire (car elle lui appartient en propre), transformera quiconque débarquera sur son sol et se laissera conquérir par sa formidable aventure, celle parfois déchirante et tragique de sa grandeur. Le Québec libre? Il le sera lorsque tous les Québécois s’affranchiront d’une postmodernité certes marquante mais non définitive. Le bruissement de la parole est chant, chorale, musique de l’âme…