On détruit, avec le nouvel esclavage des délocalisations, de la médiocratie, de la violence endémique et permanente – véhiculée par les médias, pour ne nommer que ces meurtriers –, de la perversion grotesque des élites devant lesquelles se prosterne une société adolescente, vulgaire et inculte, une idée d’humanité qui s’est depuis longtemps transformée, selon les mots de Marcuse, en système de domination par la technique aveugle et mécanisée. Les logorrhées émotives, les commentaires incultes qui éclaboussent le frêle effroi de la pensée, ne sont que des représentations vulgaires et, hélas, très contemporaines des temps barbares (en ce sens, Deleuze parlait à une époque, pas très lointaine de la « nôtre », après tout, de temps et non de gens barbares) qui doivent se passer, comme on doit laisser une plaie guérir afin de retrouver une certaine quiétude, une paix relative et symbolique.

Faire silence signifie ne pas publier. Laisser la plaie guérir, le temps passer. Ne pas oublier mais plutôt porter son regard loin vers l’horizon afin de forcer sa pensée à encore plus de rigueur, encore plus de force. Tout ça, sans jamais perdre de vue la menace obscurantiste qui gangrène toutes les idées reçues, toutes les libertés violées.

Mais avant d’entrer dans le jeu de la négociation – du négoce intéressé –, ne faut-il pas encore en passer par celui de la médiation, malgré toute l’hypocrisie que porte en lui celui-ci et qui jette les esprits faibles dans le feu de la zizanie?

L’endeuillé est celui qui se tait. Le Mort est celui qui parle.