Une littérature discrète

25 septembre 2016

L’indépendance nationale en 500 mots...

Partir d’une idée et l’offrir. La solidarité humaine accroît la conscience. Dans un espace postmoderne où les individualités souffrant de solitude cherchent la lumière, il est possible de reconnaître, en nous, la part divine. Rien ne sert d’expliquer une situation que la postmodernité décrit jusqu’à ce que le lecteur soit saturé de tout ce qu’il n’est pas.

J’aime l’idée de parler. Français, anglais, russe, italien (notamment). J’aime le son que génèrent les langues. Opposer entre elles les langues, c’est détruire le langage. Le contexte aidant, il est toujours merveilleux de voir s’écarquiller les yeux de son interlocuteur lorsque l’on parle avec le cœur.

J’aime les langues. Pour moi, elles sont musicales avant tout. Quiconque me parle ne me fait pas danser si ce qu’il dit n’entraîne pas au mouvement. Et pourtant, les langues sont formidables lorsqu’elles ne sont pas instrumentalisées.

J’aime l’idée, l’intention, le sentiment, l’amour qui se dissimulent derrière le grain de la voix qui s’essaye à la langue. J’aime échanger avec celui qui se laisse bercer par le son de mes paroles tout en écoutant sa puissance consciente.

Malraux disait : « Le vingt-et-unième siècle sera spirituel. Ou il ne sera pas ». Je persiste à croire que notre monde se transforme profondément.

Le Québec comme nation adviendra. Peut-être pas sous la forme qu’on a imaginée au vingtième siècle. L’identité sera toujours une question qu’il faudra se poser. Au cœur d’une crise économique, culturelle, démographique, écologique, il sera toujours temps de se demander « Qui sommes-nous? Où allons-nous? Pourquoi agissons-nous? »

Il n’est pas utopique de croire que les peuples du vingt-et-unième siècle sauront se doter d’une direction nouvelle. À mon avis, l’intelligence humaine saura s’arrêter à temps et retrouver le sens de l’univers.

Ici, au Québec, je ne rencontre – personnellement – aucune difficulté avec quiconque lorsque j’affiche l’amour de ma langue, des langues. Ma pensée, je la travaille au quotidien. Je la préserve du bruit ambiant. Et elle me permet de devenir ce que j’ai envie d’être. Quelqu’un qui, en toute circonstance, peut écouter la langue de l’autre et lui répondre dans sa langue, sans que cela ne pose problème.

Au Québec, quand on aime la langue française comme instrument intellectuel, poétique, amoureux, interrogatif, on aime alors l’essence d’une pensée. Quand, au Québec, on accueille l’étranger et qu’on peut – par tous les moyens concevables – le guider vers ce qui constitue notre identité (notamment la langue), on sait qu’on le prépare à une transformation profonde. Quiconque vient au Québec (quiconque voyage véritablement) ne pourra jamais demeurer intact. Le voyage – l’exil – jamais ne sera une terre de conservation mais un lieu de dépassement. C’est en cela que le Québec, profondément meurtri par son histoire (car elle lui appartient en propre), transformera quiconque débarquera sur son sol et se laissera conquérir par sa formidable aventure, celle parfois déchirante et tragique de sa grandeur. Le Québec libre? Il le sera lorsque tous les Québécois s’affranchiront d’une postmodernité certes marquante mais non définitive. Le bruissement de la parole est chant, chorale, musique de l’âme…

Posté par andremeloche à 22:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]


14 novembre 2015

Le silence n’est pas une posture clinique...

On détruit, avec le nouvel esclavage des délocalisations, de la médiocratie, de la violence endémique et permanente – véhiculée par les médias, pour ne nommer que ces meurtriers –, de la perversion grotesque des élites devant lesquelles se prosterne une société adolescente, vulgaire et inculte, une idée d’humanité qui s’est depuis longtemps transformée, selon les mots de Marcuse, en système de domination par la technique aveugle et mécanisée. Les logorrhées émotives, les commentaires incultes qui éclaboussent le frêle effroi de la pensée, ne sont que des représentations vulgaires et, hélas, très contemporaines des temps barbares (en ce sens, Deleuze parlait à une époque, pas très lointaine de la « nôtre », après tout, de temps et non de gens barbares) qui doivent se passer, comme on doit laisser une plaie guérir afin de retrouver une certaine quiétude, une paix relative et symbolique.

Faire silence signifie ne pas publier. Laisser la plaie guérir, le temps passer. Ne pas oublier mais plutôt porter son regard loin vers l’horizon afin de forcer sa pensée à encore plus de rigueur, encore plus de force. Tout ça, sans jamais perdre de vue la menace obscurantiste qui gangrène toutes les idées reçues, toutes les libertés violées.

Mais avant d’entrer dans le jeu de la négociation – du négoce intéressé –, ne faut-il pas encore en passer par celui de la médiation, malgré toute l’hypocrisie que porte en lui celui-ci et qui jette les esprits faibles dans le feu de la zizanie?

L’endeuillé est celui qui se tait. Le Mort est celui qui parle.

Posté par andremeloche à 20:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 juin 2014

Le petit canard...

L’acte le plus ardu qu’il m’ait été donné de réaliser, c’est la description de la mort.

Je m’arrête brusquement! Une canne et ses canetons traversent la chaussée. Deux minuscules canetons ont été frappés par une voiture. L’un est mort, l’autre agonise sur la chaussée.

Je sors de la voiture. Je m’approche à pas précipités, me saisis délicatement de lui, comme si je l’avais toujours connu. Je le dépose dans l’herbe encore humide du matin, loin de la route. Il agonise, se tord de douleur.

La canne n’est pas loin, avec le reste de sa portée.

Je m’apprête à repartir. Mais une voix humaine, en moi, une voix que je ne reconnais pas, me dit ce que je dois faire. Il ne survivra pas. Tu dois le faire. Je le prends dans mes mains – il est si fragile que je me sens mourir avec lui – et je tente de lui briser le cou pour abréger ses souffrances. Mais la réalité, ce n’est jamais comme on l’imagine.

Son petit cou minuscule ne se brise pas, trop petit et trop élastique. Je ne sais que faire. Je tire donc, d’un seul coup, et sépare la tête du corps que je dépose tout doucement dans l’herbe. Quelques derniers tremblements, d’ultimes spasmes le secouent, puis, c’est fini. Tout a duré environ une minute et pourtant, c’était comme si j’étais entré dans l’éternité.

La mort a de nouveau pénétré en moi et m’a montré mon incroyable impuissance, devant ce petit canard qui ne demandait qu’à vivre. Elena s’approche, tente en vain de me réconforter, me disant que j’avais fait la seule chose possible ; un geste humain. Donc, être humain, c’est aussi ça. J’en doute. Je ne sais pas si je peux encore prétendre à ça. Je pense qu’il est trop tard. Que ce monde n’a d’humain que l’apparence, que le fard des mots. C’est ça : L’humain n’est plus qu’un mot comme les autres.

Je ne sais plus que penser de moi-même. Car au fond de moi, tout est brisé et ce petit canard, jamais je ne l’oublierai. La sensation de son cou élastique. Sa douleur qui m’est entrée dans le cœur en un seul instant.

Je suis souillé du sang qui a giclé sur moi. Un homme s’approche.

– Un petit caneton, lui dis-je. Il a été heurté par une voiture. J’ai du l’achever.

– Voulez-vous vous laver les mains?

– Oui, merci.

Étrange sensation de dégoût, à ces seules paroles.

J’entre dans son garage.

– Attention à la plaque d’acier. L’évier est sur votre gauche, le savon ici.

– Je n’ai pas eu le choix. Il n’aurait pas survécu.

– Je me doutais bien qu’il s’agissait d’un petit animal. Ça arrive tellement souvent, sur cette route.

Je ne réponds pas. Je ne suis déjà plus de ce monde. Pourquoi lui? Et pas moi?

Je remonte en voiture. Mes larmes se mettent à couler mais ne lavent rien comme auparavant. Mon short et mes jambes sont maculés de sang, marques qui attirent constamment mon regard.

Ces marques, je les ai lavées dans la douche, à mon arrivée. Mais j’ai l’impression de les voir encore sur ma peau, de pouvoir en détailler les contours.

Nous avons planté les fleurs que nous avons achetées, après l’incident – l’événement? Nous avons essayé de semer la vie, malgré tout. Mais le cœur n’y est pas ; le cœur n’est qu’un mot.

La pluie menace de tomber. J’écris ce triste épisode que je ne pourrai jamais oublier. Même si j’en connais l’insignifiance, la sombre banalité.

Les canards ; je les ai toujours trouvés gracieux, merveilleux. Leur envol et leur atterrissage m’ont toujours fasciné. Ils symbolisent le départ – la mort, l’automne – et le retour – la renaissance, le printemps. Mais, pour ce petit canard, si fragile, mort dans – et de – ma main, il symbolisera dorénavant pour moi ce que j’ai cherché toute ma vie : Dieu.

Comme mon humanité n’est déjà plus qu’un vague souvenir, une fiction, il me restera toujours la mort de ce petit canard pour me rappeler ce qu’elle fut, jadis : Un regard par-dessus mon épaule pour constater ce que je détruisais à chaque instant dans la plus stricte indifférence mécanique.

La mort n’est plus, pour l’humanité fictive, qu’un « vulgaire » mot que l’on profane à chaque instant.

Posté par andremeloche à 20:05 - Commentaires [1] - Permalien [#]

26 mai 2014

Le petit merle bleu..

Un étrange chagrin se meut en moi. À l’aube, Elena et moi avons trouvé mort le petit oisillon que nous avions sauvé des griffes de notre chat, hier. Un petit merle bleu que nous avons nourri tant bien que mal durant quelques heures. En silence, nous avons pleuré.

Qu’est-ce qui m’émeut tant que ça? La mort? Son rappel constant malgré le déni de réalité que nous subissons tous? Plutôt, ces quelques heures au cours desquelles j’ai tenu dans ma main, à chaque heure, cette petite vie si fragile. Après deux tentatives, il m’avait déjà adopté. Il attendait ma main, la nourriture que nous lui apportions. Nous avions convenu de le conduire, aujourd’hui, à Hudson, dans un refuge pour oiseaux en détresse. Mais, trop blessé, il est mort durant la nuit. Au chaud, dans le calme de cette maison ancestrale. Près de lui, Bax, qui l’avait attrapé, dormait paisiblement. Deux solitudes. Une vivante, l’autre morte.

Écrire tout ça me semble futile, inutile. Pendant quelques heures, la vie avait un sens. Plus rien de ce monde ne comptait, que ce petit oiseau frêle et pourtant si attachant. Comment un si petit être peut-il déclencher en moi autant de chagrin?

Elena avait pourtant mis toute son énergie, hier, que, à certains moments, je trouvais ça ridicule. C’est que son expérience avec la vie m’était encore étrangère. Cette expérience inconnue de moi, je l’ai découverte, hier. Ce court moment d’existence nous aura encore plus rapprochés.

Il semblerait que nous n’y échapperons pas, nous non plus. Cette vie formidable tant habitée par ce matérialisme qui n’avoue jamais son nom et qui pourtant se nomme Profanation.

Hier soir, pourtant, tout nous était apparu clair, réel, vrai. Tout ça n’aura duré qu’un bel après-midi de printemps. Un moment de fragilité qui aura remplacé ma lecture de Hannah Arendt. Un bref instant qui rappelle ce que nous sommes véritablement, l’espoir de l’autre, si petit soit-il.

Ce matin, nous assisterons à des funérailles qui n’auront rien de national. Qu’importe. Le soleil sera au rendez-vous. Mais nos cœurs recevront, en eux, ces larmes qui nous rappelleront cet instant si précieux que fut le battement de cœur d’une vie si petite, dans ma main effarée.

Merci à mon épouse Elena pour m’avoir permis de partager ce « petit » deuil. Il me manque déjà, ce petit oisillon.

Le beau côté de la chose est peut-être ceci. Pendant un bref après-midi de printemps, Elena et moi avons beaucoup appris sur le merle bleu. Son chant, dorénavant, ne nous sera jamais plus indifférent…

Posté par andremeloche à 05:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]

26 avril 2014

Le son apparent des tambours de guerre.

Il est très plaisant, au-delà des jérémiades habituelles de la propagande émancipatrice, d’entendre les médias de masse se gausser de balivernes sur les droits de l’homme, la démocratie, les libertés individuelles, etc. Mais le summum de la quiétude qui peut nous habiter me semble se trouver dans le bruit des tambours de guerre que tous redoutent mais auxquels personne ne croit.

Dans une société dégénérée où la violence est non seulement endémique mais le socle de notre contemporanéité, toutes les agressions verbales véhiculées par tous les médias et tous les discours traduisent une impuissance pathologique qui atteint son point culminant. Incapable de faire fléchir par la force des belligérants qui ont perdu tout sens de la mesure, l’opinion publique assiste, médusée, à un cirque diplomatique derrière lequel il faut chercher les réelles motivations.

Un changement de civilisation s’opère en ce moment et bien malin qui saura prédire le sexe du rejeton. Car d’une société patriarcale prônant l’excroissance des moyens matériels aux élucubrations des groupes de pression pour réclamer toujours plus de « liberté » en exigeant toujours plus de règles, de normes, de répression, nous essayons d’accoucher d’une nouvelle civilisation qui évacuera le cycle infini – divin, diraient certains – de la croissance et l’avènement d’un surhomme, d’un « homotecnicus », un technoself qui pourra enfin se débarrasser de sa part maudite, le préfixe homo.

Est-il possible, aujourd’hui, de penser la maïeutique qui s’annonce sans en passer par une souffrance que les deux guerres majeures du vingtième siècle nous auront servie en guise de hors-d’œuvre?

La radicalisation des positions des belligérants en inquiétera plus d’un. Je ne suis pas de ceux-là. Tout simplement parce que les rapports de force, comme l’évoquait Michel Foucault, tendent à se rééquilibrer quand la raison disparaît du jeu diplomatique. La société contemporaine a été infantilisée – à dessein ou de manière chaotique, peu importe – pour faire fonctionner une idéologie basée sur l’accroissement de la richesse matérielle. Tout a été orchestré pour faire de l’accroissement du bas matérialisme, pour emprunter une expression à Georges Bataille, une autorité qui rendrait servile la raison :

« C’est ainsi qu’il apparaît – à la fin du compte – que la gnose, dans son processus psychologique, n’est pas si différente du matérialisme actuel, j’entends d’un matérialisme n’impliquant pas d’ontologie, n’impliquant pas que la matière est la chose en soi. Car il s’agit avant tout de ne pas se soumettre, et avec soi sa raison, à quoi que ce soit de plus élevé, à quoi que ce soit qui puisse donner à l’être que je suis, à la raison qui arme cet être, une autorité d’emprunt. Cet être et sa raison ne peuvent se soumettre en effet qu’à ce qui est plus bas, à ce qui ne peut servir en aucun cas à singer une autorité quelconque. Aussi, à ce qu’il faut bien appeler la matière, puisque cela existe en dehors de moi et de l’idée, je me soumets entièrement et, dans ce sens, je n’admets pas que ma raison devienne la limite de ce que je dis, car si je procédais ainsi, la matière limitée par ma raison prendrait aussitôt la valeur d’un principe supérieur (que cette raison servile serait charmée d’établir au-dessus d’elle, afin de parler en fonctionnaire autorisé). La matière basse est extérieure et étrangère aux aspirations idéales humaines et refuse de se laisser réduire aux grandes machines ontologiques résultant de ces aspirations. »[1]

 Ce matérialisme sans ontologie, contrairement à ce qu’en dit Bataille, semble s’incarner dans la chose en soi. Les élites s’asservissent à ce matérialisme servile se condamnant à n’être que des « fonctionnaires autorisés ».

Toute l’hétérogénéité de la guerre comme refus de la réduction aux grandes machines idéologiques n’existe pas dans les mouvements actuels et sociaux. Comme je l’ai décrit dans mon essai, Les mots de la révolte, une lecture en archipel…, les réformes entreprises par l’homme-masse ne font qu’asservir ce dernier à ce bas matérialisme. En cela, la guerre qui s’annonce – mais ne se déclare pas parce que déjà asservie à ces forces intérieures qui emprisonnent la raison – verra resurgir toute l’hétérogénéité de l’homme, celle qu’une raison débile aura tenté de balayer du revers de la main, c’est-à-dire l’histoire que l’on aura voulu liquider sans s’apercevoir qu’il ne s’agissait que d’une tentative de suicide comme menace de la part d’un enfant qui n’a jamais reconnu l’autorité patriarcale et essayé de la remplacer par une violence incontrôlée qui lui a échappé.



[1] Georges Bataille, Le bas matérialisme et la gnose in Documents, Œuvres complètes, premiers écrits, Tome 1, présentation de Michel Foucault, Paris, Gallimard, 1970, pages 224-225.

Posté par andremeloche à 12:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]